"La question du tableau" Futur simple, saison 2

Jean Degottex
« La question du tableau »
Futur simple, saison 2
Commissariat : Astrid Handa-Gagnard


Le FRAC Bourgogne propose pour poursuivre et conclure, Futur simple, cycle d’expositions inaugural des Bains du Nord, une exposition monographique consacrée à l’artiste Jean Degottex.
Construite autour de l’ensemble de six œuvres majeures données par Renée Beslon-Degottex au FRAC Bourgogne en 1998, La question du tableau emprunte son titre au texte rédigé par Bernard Lamarche-Vadel pour le catalogue de l’exposition Degottex, présentée en 1978 aux musées de peinture et de sculpture de Grenoble et d’art et d’industrie de Saint-Etienne à l’invitation de Marie-Claude Beaud.
En une vingtaine d’œuvres produites entre 1955 et 1983, provenant de la collection du FRAC Bourgogne, d’autres FRAC et de prêteurs privés, cette exposition dijonnaise porte l’ambition de donner à voir et à comprendre ce qui fut au cœur des recherches de ce peintre français connu, mais encore sous-estimé.
Si son œuvre débute par la découverte du signe et de ses capacités expressives, très rapidement les notions d’espace et de vide vont pénétrer l’œuvre de Degottex. Lui, qui dès le début aima travailler dehors, en laissant les éléments prendre part à l’œuvre en train de se faire, tentait selon Renée Beslon-Degottex de produire une œuvre dépersonnalisée. Ainsi abandonna-t-il le pinceau pour d’autres outils.
Ce qu’entreprend également de montrer cette exposition, c’est que l’œuvre de Jean Degottex ne se structure pas autour de différentes périodes, mais plutôt que son travail est fait d’étapes successives portant chacune les acquis de l’étape précédente, suivant un processus d’enrichissement et de simplification.
Degottex est un peintre de l’espace et du vide : peintre de l’espace du tableau et de l’espace à parcourir par le spectateur, et peintre du vide, car l’espace est pensé comme vide. De même, qu’il est le peintre de la mort de la peinture et du tableau : mort de la peinture à l’huile et du tableau traditionnel. Ainsi détruisit-il le tableau en l’ouvrant sur le vide par des cercles, des demi-cercles, des fentes verticales et des trous dans la toile.
Avec la série des HORS (Suite Horspaces et Parcours Horslignes notamment), la pratique du peintre est mené potentiellement hors du tableau et de sa surface. Ces deux œuvres de la collection du FRAC Bourgogne produites pour l’exposition personnelle de l’artiste en 1970 à l’ARC-musée d’art moderne de la ville de Paris, proposent « presque la sortie du tableau ».
Editée en 1972 par la Galerie Xiane et Eric Germain et prêtée exceptionnellement pour cette exposition, Projection 20 est une expérience similaire, une « tentative ultime », par la lumière, de passer « hors tableau ».
A partir de 1972, cette recherche entre le vide et le plein va conduire Jean Degottex à s’intéresser « au corps du matériau », cette nouvelle étape se manifeste dans les Papiers pleins.
Avec cette nouvelle série, Degottex passe des formes limites à des formes transgressives en s’intéressant au support et à sa profondeur, à son envers et à son endroit. L’espace entre envers et endroit est révélé par arrachage et soulèvement.

L’abstraction de Jean Degottex naît d’une réalité et va vers une autre réalité. Sa pratique picturale repose sur l’expérience. Son abstraction part de la réalité d’un espace structuré, celui de la nature, et va vers une abstraction interrogeant la structure d’une surface plane, une autre réalité concrète.
Sa peinture ne contient plus d’images, de secrets, d’illusions ou de dissimulations, « elle dit ce qu’elle est ». Structurée autour d’une production sérielle, cette œuvre préfère son autonomie plastique aux artifices de la représentation.

La question du tableau présente des œuvres limites ; un ensemble rendant compte d’une recherche du vide extrême.