"Le FRAC-Bourgogne se met dans le bain urbain", C. Patriat

Discours du président lors de l’ouverture de l’inauguration du lieu d’exposition permanent du FRAC le 18 mai 2013


« Il est plus facile de savoir comment on fait une chose que de la faire. »
Proverbe chinois

Chers amis,

Ceci n’est pas une inauguration : c’est une régénération. Les choses voient. Les murs parlent. Ici, Le Consortium a creusé son sillon de longues années avant de se donner un lieu à la mesure de son ambition. Là, se déroulaient les bains publics. Ne me demandez pas pourquoi on les disait du Nord : je n’ai jamais entendu parler des « bains du Sud » à Dijon. Le moment est venu de reprendre les fils entremêlés de cette histoire où se succèdent deux mondes : celui profane de la vie courante, celui sacré, des muses. Car, marier l’art et la vie est la raison d’être de l’action culturelle, dont les FRAC doivent assumer leur part. Tâche qui ne relève pas de la seule explication, comme le suggère le proverbe chinois. Notre mission est de l’ordre de l’explicitation. Car le propre de l’œuvre d’art n’est pas de nous transmettre un message : elle est de nous ouvrir les yeux sur le monde où nous vivons. C’est ce qui rend si proche et si lointain en même temps l’art contemporain : porté par des hommes et des femmes de maintenant, il s’adresse aux hommes et aux femmes de maintenant, et leur parle du monde de maintenant. Or, paradoxalement, cette présence immanente des créations contemporaines n’est jamais simple à saisir. La proximité est trompeuse, voilée qu’elle est par l’écran des habitudes et des préjugés. C’est Montaigne qui disait : « La vie est un mouvement inégal, irrégulier et multiforme. » Devant cette réalité ondoyante et diverse, le travail de artistes est de nous libérer des idées préconçues, de briser l’écaille des évidences. Pour déroutant qu’il soit parfois, l’art contemporain est un irremplaçable outil pour affronter les incertitudes du présent et se remettre en question. Oui, nous vivons une période difficile, où les nuages funèbres semblent gros de tempête. Mais si l’histoire de l’humanisme, né dans la douleur et le déchirement, nous a bien appris quelque chose, c’est que plus une crise est profonde, plus elle stimule les processus inventifs et créateurs.

Voilà qui éclaire notre projet. D’abord, les FRAC ne sont pas des musées, institutions très nobles que vous fêterez dans la nuit qui vient. Il ne nous revient pas tant de déterminer les chefs d’œuvres qui franchiront le mur du temps, que de choisir dans les courants de création contemporaine les témoignages les plus exigeants, les plus représentatifs de cette quête de la vérité. Le temps fera son œuvre, il fera œuvre… Il prendra ou il laissera. Nous ne saurions avoir l’orgueil de trancher à la place de la postérité. Notre premier devoir est d’éviter qu’il opère à l’aveugle son tri impitoyable.

Ensuite, il nous faut montrer ces œuvres choisies, et surtout en faciliter l’accès. Cela nous impose d’être proche, mobile, ouvert. Et d’instaurer entre les œuvres et leur public cette indispensable médiation pour réduire la distance qui les sépare. Comme vous pouvez le constater, une très large place a été faite dans cette exposition à l’atelier de Paul Cox. Un atelier du regard, pour apprendre à voir. Travail qui relève de l’éducation sensible, et non de l’instruction. Travail qui ne se substitue pas à celui de l’école, mais qui le développe tout au long de la vie.

L’art est avant tout une question de forme. Les lieux pour le fréquenter aussi. A l’heure où, fêtant leurs trente ans, les FRAC s’interrogent sur leur place et leur rôle, des choix s’imposaient ; certains ont choisis de s’installer dans de grandes et belles maisons. Nous n’avons pas adopté cette position. Nous avons voulu un lieu modeste, pour exposer plutôt que pour nous exposer. Un lieu discret, mais lové au cœur de la ville, près de ce lieu de brassage, de passage qu’est le grand marché. Nous avons fait le choix de la familiarité. « Vultus modestia decet adolescentem », disait Tacite Un air de modestie sied bien à un jeune homme… Et le FRAC est un jeune homme. Mais à cette volonté s’en ajoute une autre : ce lieu est l’un des lieux d’exposition du FRAC, et, comme l’a dit notre Président, d’autres suivront. Pour que la décentralisation ne reste pas un mot.

Avant de céder la parole à Astrid, notre directrice pour qu’elle vous parle du contenu, je voudrais simplement en appeler à Baudelaire, qui dans les heures sombres de sa vie, en appelait à la part du rêve : « Mais la voix me console et dit : garde tes songes. Les sages n’en ont pas d’aussi beaux que les fous. »

Claude Patriat

Président du FRAC-Bourgogne