Discours de Claude Patriat, Président du FRAC Bourgogne - Samedi 14 juin 2014

Cadet Rousselle a des maisons…

« Il n’y a de long ouvrage que celui qu’on n’ose pas commencer : il devient cauchemar. »
Charles Baudelaire

Je voudrais d’abord saluer la présence de Madame la Directrice régionale des Affaires culturelles qui, fraîchement et chaleureusement arrivée en terre bourguignonne, nous fait le plaisir d’être des nôtres ce soir. Et souligner la présence à nos côtés de Madame Sylvie Meyer, Vice-Présidente du Conseil régional de Franche-Comté.

En effet, ce jour du 14 juin 2014 est à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire du FRAC de Bourgogne. Non seulement parce que nous avons l’honneur et le plaisir d’accueillir dans ses œuvres Paola Pivi, et son regard poétique sur le monde, qui fait s’entrechoquer le mystique et le prosaïque, l’impossible et le réel. Mais parce que cette présentation est la scène d’une annonce : celle des fiançailles du FRAC de Franche-Comté et du FRAC de Bourgogne. Oui, il y a bien une promesse d’union. Suivant fidèlement la volonté clairement exprimée, tant du Président de la République que des élus de nos deux régions, il ne faut céder ni à la nostalgie, ni à l’attentisme, mais explorer les termes d’un regroupement fécond de nos énergies. Nous devons construire, sans arrière-pensées, sans volonté d’hégémonisme, les termes d’un projet de mariage entre les deux structures, épousant ce grand mouvement de regroupement des deux Régions, que la géographie unit dans le lit de la Saône, que l’histoire signe au-delà des jeux des princes. Terres de passages, terres de brassages, terres d’inventions, terres d’utopies dont nous avons si fort besoin aujourd’hui pour sortir la tête de l’ornière de la fatalité. Nous avons tant de choses en commun patrimoine, je n’en ferai pas la revue ici, le temps nous en manque. Juste quelque chose de mal connu, mais de hautement symbolique ¨Ce cher Cadet Rousselle est un enfant des deux pays : né à Orgelet, avant de devenir à l’âge adulte huissier-audiencier à Auxerre, ce personnage imprévisible et truculent a pris place dans l’histoire par une chanson doucement parodique et immensément populaire. L’armée du Nord, par le truchement des volontaires auxerrois, avait fait de ce tube son chant de ralliement pour ses triomphales avancées. On raconte qu’à la Convention, Danton, lassé d’un de ces interminables et soporifiques discours dont Robespierre avait le secret, se prit à chantonner « Cadet Rousselle fait des discours, Cadet Rousselle fait des discours, qui n’sont pas longs quand ils sont courts, qui n’sont pas longs quand ils sont courts… » Bon, préférant Danton à Robespierre, je vais essayer de rester bref.

La Comté est franche, la Bourgogne est fraternelle. Avançons donc franchement et fraternellement. Précisément, voilà qui justifie notre hâte à rapprocher nos deux FRAC (et je dois vous faire confession, qu’à plusieurs reprises nous avons déjà consommé et mis la charrue avant les bœufs, allant au feu sans aller à la noce, à l’occasion d’expositions croisées).J’ai l’intime conviction que le rassemblement passe d’abord par la culture. C’est-à-dire par des valeurs partagées. Et, dans ce rapprochement culturel, l’art contemporain peut et doit jouer un rôle éminent. Il s’agit en effet de l’art d’aujourd’hui, s’adressant à des hommes et à des femmes d’aujourd’hui. Il parle d’ici et de maintenant. Avec lui, on peut dépasser les dangers et les pesanteurs d’un passé mythifié et immobile, susceptible de ralentir les évolutions nécessaires. D’une certaine manière, l’art est un brise-glace. Entre le passé qui nous retient et l’avenir qui nous angoisse, il peut faciliter le présent ensemble.

J’ai parlé d’un projet de mariage, en étant pleinement conscient qu’il ne s’agit pas d’additionner, mais de conjuguer. Le projet de mariage est donc, avant tout, un mariage de projet, qu’il s’agit maintenant de construire. Dans un esprit d’ouverture et de partenariat, avec tous ceux et toutes celles qui œuvrent autour de l’art contemporain : écoles d’art, centres d’arts, musées… Cette exposition même témoigne de la démarche constante qui est la nôtre, puisqu’elle s’inscrit dans un partenariat fécond avec le Consortium et le musée Nièpce. Nous avons pleine conscience des obstacles à surmonter, les institutions étant le reflet des hommes et de l’histoire. Mais il s’agit, aujourd’hui, de ne pas remettre à demain ce que nous voulons comme destin. Je ne sais plus qui a dit : « Le changement c’est maintenant », mais la chose était bien dite, et n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Certes, nous savons que le regroupement est un processus qui doit se réfléchir. J’aime à me répéter ma maxime « Rien ne sert de pourrir, il faut mûrir à point ». N’attendons pas de vieillir pour être sage. Il nous faut initier le mouvement.

Ainsi, Cadet Rousselle aura bien plusieurs maisons, au moins deux en une, et elles auront des poutres et des chevrons.

Je terminerai, souriant et confiant, en vous citant le propos du jour que j’ai mis sur mon blog ce matin en pensant aux contours de notre grande et belle Région de demain, des confins franciliens mordorés aux lignes bleues du Jura :
« Et si la Bourgogne m’était Comté ? »

Dijon, le 14 juin 2014
Claude Patriat